Qui est Morrigan ?

Une déesse complexe aux multiples facettes

Morrigan est une Déesse paradoxale. Tantôt elle se présente jeune et d'une beauté incroyable, tantôt vieille et sage. Elle en bénit certains en leur offrant son aide, tout en en maudissant d'autres en même temps. Sa nature n'est pas facile à cerner aux premiers abords, encore moins sa sagesse. Déesse métamorphe hors-pair, elle aime prendre la forme d'une corneille ou d'un corbeau et accompagner ses guerriers aux combats, en leur octroyant une incroyable frénésie meurtrière et ainsi terroriser les rangs ennemis. Sa maîtrise des arts occultes fait d'Elle une des Maîtresses de la Magie et de la Sorcellerie.

 

L'apparence la plus populaire de Morrigan est sa forme triple, sous les noms de Anu, Macha et Badb (Il peut arriver que dans certains écrits, Anu soit remplacée par Nemain ou dans de rarea cas par Danu). Sous la forme d'Anu, elle est la gardienne de la fertilité et donna son nom aux terres d'Irlande; Sous la forme de Macha, elle maudit les hommes d'Ulster pour n'avoir daigné aider une femme en détresse et sous la forme de Badb, elle récolte les âmes de ceux tombés au combat.

La grande majorité des informations sur Morrigan que nous possédons actuellement viennent de textes anciens, transcrit par des moines chrétiens d'Irlande, qui ont commencé à mettre par écrit tous les mythes et légendes païens irlandais, entre le 8ème et le 12ème siècle. Le premier texte qui parle d'elle s'intitule "Lebor Gabalà Éren" ("Livres des Invasions"), où l'on nous explique l'arrivée des Dieux Celtes , La "Túatha Dé Danann" (La Tribu de Dana) sur les terres d'Irlande, dominés anciennement par les dieux indigènes, les Fir Bolgs, contre qui, ils livrèrent une bataille séculaire. Elle eut aussi des rôles décisifs dans plusieurs autres légendes, la plus connue est la "Táin Bó Cuailnge" (La Razzia des Vaches de Cooley), où elle tient un rôle paradoxal en étant à la fois l’antagoniste et la bienfaitrice du héro.

Morrigan gardant Cùchulainn mourrant dans la légende de "la Razzia des Vaches de Cooley"
Morrigan gardant Cùchulainn mourrant dans la légende de "la Razzia des Vaches de Cooley"

"Morrigan"; Son nom parle de lui-même

Toutes ses légendes n'avant pas été écrites par les païens d'Irlande, mais par leurs descendants chrétiens, certaines d'entre elles ont été modifiées volontairement pour faire concorder certains événements avec ceux de la Bible, rendant ainsi encore plus difficile la compréhension de la nature complexe de Morrigan. Mais une chose est sûre, c'est que la définition même de son nom nous donne déjà beaucoup d'indices concernant sa vraie nature.

Son nom également a subit de nombreuses traduction et interprétations, dépendamment des sources. La deuxième partie de son nom "rigan", se traduit "reine" et cette affirmation est exactement la même dans tous les écrits. C'est la première partie de son nom qui fait couler beaucoup d'encre. "Mor" peut être interprété de différentes manières, tout dépend comment il est orthographié. Dans la majorité des textes, la première syllabe est écrite avec un accent "Mór". Écrit de cette manière, cela signifie "grande". Il signifierait donc "Grande Reine". Si cette traduction est selon certains dire la plus juste, cela signifierait que Morrigan est plus attachée à la souveraineté, faisant d'elle une déesse tutélaire (gardienne, protectrice) plus qu'une déesse de la guerre. 

 

Si au contraire, la première syllabe est écrite sans accent, elle prendrait donc racine du mot "muir" en vieux gaélique, signifiant "mer" ou "eau", se faisant, elle transforme la traduction de Morrigan en "Reine de la Mer ou des Eaux". Cette traduction a amené beaucoup de débats. Mais il est intéressant de noter qu'elle est également considérée comme une déesse de la rivière par une de ses actions qui consiste à nettoyer dans une rivière les habits et les armes des guerriers tombés au combat. D’ailleurs certains sont allé beaucoup plus loin en avançant la théorie suivante: que la Fée Morgane est en fait une interprétation de Morrigan dans la légende arthurienne. Ce qui par conséquent pourrait aussi la connecter aux Morgans, nymphes des mers dans les mythes bretons, confirmant ainsi son lien à l'eau et aux esprits de l'eau.

 

Une autre interprétation un peu moins connue, mais tout aussi juste, avancée par le linguiste britannique spécialisé en langues celtiques, Whitney Stokes, est le fait de connecter "Mor" au mot de l'ancien anglais "maere", mot ayant survécu dans l'anglais actuel, métamorphosé en "nightmare" (cauchemar). Mais dans l'ancien anglais, "maere" ne signifiait pas "mauvais rêve", mais il se référait à des spectres de femmes qui aimait déranger le bétails pendant la nuit. Selon Stokes, son nom signifierait donc "Reine Spectrale". Cette dernière interprétation pourrait être à l'origine d'une créature de la légende irlandaise: la Banshee, une femme-fantôme, messagère de la mort, qui lance un cri strident à chaque fois que quelqu'un meurt.

 

Enfin une dernière interprétation proposé par le chercheur Kim McCone, spécialiste de l'histoire de l'Irlande, est le fait  de connecter le "Mor" à un ancien mot indo-européen signifiant "mort", faisant d'elle la "Reine de la Mort". En tant que Déesse de la guerre, ce titre semble être bien approprié. En tant que "Reine de la Mort", elle souligne une de ses activités principales, celle d'accompagner les âmes des guerriers tombés au combat dans l'au-delà celtique, connu sous le nom du Sidh.

 

Il y a aussi étonnement beaucoup de lieux ou monuments ayant un lien direct avec Morrigan ou portant son nom, des collines jumelles de County Meath "Dá Chich na Mórrigna" (Les seins de Morrigan) à l'"Oweynagcat", plus connue sous le nom de "la Grotte de Cruachan", qui selon la légende est un passage vers le Sidh, faisant de ce lieu le repère de Morrigan. Sa connexion à de sites du paysage irlandais semble être un point non négligeable, la connectant ainsi à la Terre, ce qui donc fait d'elle également une déesse de la fertilité et de la sexualité. Cette fraction de son activité à d'ailleurs été attribué à l'une de ses avatars, Danu.

Morrigan La Grande Reine, Déesse de la Souveraineté, de la Guerre, de la Sexualité et de la Mort - Maîtresse de l'Ombre, de la Magie, de l'Eau, des Fées, des Spectres et des Sorcières
Morrigan La Grande Reine, Déesse de la Souveraineté, de la Guerre, de la Sexualité et de la Mort - Maîtresse de l'Ombre, de la Magie, de l'Eau, des Fées, des Spectres et des Sorcières

En somme, peu importe qu'elle traduction vous affectionnez le plus, chacune d'entre elles ont une réelle connexion avec Morrigan. Son nom nous permet de mieux comprendre sa nature et ses rôles dans les légendes celtiques. La seule traduction qui la connecte à son statut de Déesse de la Guerre est celle de Kim McCone, nous prouvant ainsi que la guerre était de loin son seul et unique domaine. Elle est également la Déesse de la souveraineté, de la fertilité, de la sexualité.

 

Reine de la mort, des spectres, de l'eau, mais surtout, LA Grande Reine de la Tribu de Dana, La déité la plus puissante de tout le panthéon celtique, qui décerna la souveraineté aux rois celtes et qui forgea les terres d'Irlande avec sa force incommensurable.

sources : Celtic Lore & Spellcraft of the Dark Goddess, Stephanie Woodfield

The Great Queens, Clark

Ibid

Wikipédia